
Le lendemain matin, le taxi nous fait faire le tour des otogar pour dolmus avant de trouver le bon… a 50 m de l’hotel. Direction Sirnak (2 millions par personne – 44 km). Mon voisin est mort de tract : c’est olé olé de s’assoir a coté d’une inconnue, mais il n’y a pas d’autre place libre. Bien sur, on retombe sur le controle militaire de la veille : ils sont ravis (tout juste s’ils ne nous sautent pas au cou) et s’empressent de décharger nos bagages ! La route de Sirnak est yasak et il n’est absolument pas question de nous renvoyer comme ça : apres un café, et une engueulade en regle au petit jeune qui m’a apporté un cendrier pas assez bien au gout des chefs, ils font mumuse avec mon keffieh (mais sont moins entrainés que nous a les nouer a la kurde) et me font essayer toutes les marques de cigarettes qu’ils ont en stock.
Ensuite, réunion en haut lieu pour nous trouver un itinéraire pas yasak, puis le chef se met a dessiner un coeur sur paint shop (on l’aide a mettre la couleur), et écrit laborieusement « I love you ». Tres fier de son chef d’oeuvre, mais pas sur que le message soit bien passé, il mime un coup de foudre suivi d’une scene ou il meurt brusquement d’amour… sous le regard ahuri des appelés qui n’ont jamais vu leurs supérieurs se conduire comme des gamins.
On a un peu de mal à leur faire admettre qu’on voudrait bien continuer notre voyage : ils nous invitent le soir pour manger du poisson et boire du vin, du raki, de la vodka… Ben voyons ! Avant de nous laisser partir, ils insistent pour qu’on revienne les voir une fois qu’on aura été a Hasankeyf ou nous avons finalement décidé de passer. Toutes les 5 mn, il y en a un qui tient a nous taper dans la main (ça se fait entre grands arkadas) et toute l’équipe veut venir en vacances en France. En attendant le taxi qu’ils ont quand meme fini par appeler (au bout d’une heure et demie), le chef tient a me signaler que mes yeux sont çok çok güzel : j’évite de lui laisser ma carte de visite pour qu’il continue a ignorer qu’il est en train de draguer l’OFK…
Dans un premier temps, direction Idil, puis Midyat, avant de prendre un dolmus pour Hasankeyf (Midyat-Hasankeyf : 2 millions – 40 mn – 5 500 habitants). L’unique motel étant fermé, on demande une chambre a la maison des enseignants (10 millions), malgré les insistances de 5 profs kurdes qui veulent qu’on vienne avec eux a Batman. De toute façon, ils ne sont pas surs que la police nous donnera l’autorisation de rester ici… Ben elle la donne l’autorisation la police ! Elle en profite meme pour virer les 2 profs qui nous ont accompagnées (faut pas qu’ils soient en retard pour rentrer a Batman) et est visiblement enchantée de s’occuper de nous : thé, cigarettes, avant d’aller nous chercher a manger. Ils tiennent a ce qu’on leur donne le nom français de tous les objets qui nous entourent, font les clowns et insistent pour qu’on mange des glaces une bonne partie de la nuit. On en accepte une, mais on doit batailler énergiquement pour ne pas qu’ils dévalisent tous les congélateurs de la ville. Ils promettent qu’on peut dormir tranquilles puisqu’ils vont veiller toute la nuit avec leur char (on en profite pour avoir une visite guidée) et qu’ici il n’y a pas de terreur. Ils tiennent a nous signaler qu’a Hasankeyf, il y a des Kurdes et des Arabes, mais pas de Turcs a part eux bien sur (tiens, tiens, c’est pas le discours officiel ça…).
Appel du Dersim : on nous réclame a Ovacik… Se foutent de l’état d’urgence : on est passées 2 fois, on passera bien une troisieme…


Vu l’attroupement, j’appelle Sandrine en renfort a 8 h et demies. On se fait kidnapper par un responsable de resto (une paillotte au bord du Tigre) qui s’est emparé de mon sac photos et marche d’un air fier devant ses copains qui ne sont absolument pas invités a nous suivre.
Appel du Dersim : cette fois, on nous réclame a Tunceli…